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Le droit à la ville dans l’agenda des aires métropolitaines solidaires : réflexions sur le Forum FALP 2017 (São Leopoldo)

Du 23 au 25 novembre dernier, Antonio Aniesa, collaborateur de Patrick Braouezec, Président de Plaine Commune au nord de Paris, a représenté la Commission Inclusion Sociale, Démocratie Participative et Droits Humains au séminaire du « Forum d’Autorités Locales de  Périphéries (FALP) pour des métropoles solidaires » de São Leopoldo, ville composant l’Aire métropolitaine de Porto Alegre. Des pouvoirs locaux du Brésil, de France, du Sénégal, de Palestine, d’Argentine, du Chili et du Mozambique s’étaient rassemblés pour discuter des « Alternatives durables et solidaire pour un monde en crise ».

Une déclaration finale a été adoptée et nos amis du FALP réaliseront prochainement un compte rendu complet des nombreuses et riches discussions. Antonio Aniesa nous livre ici les idées fortes de ce Forum,  pendant ces 3 jours autour notamment du Droit à la Ville.

Les pouvoirs locaux et les habitants des périphéries populaires revendiquent leurs visibilités

En plaçant au cœur des ambitions locales la vie des habitants, leur bien vivre, leur épanouissement individuel et collectif, leur capacité citoyenne à débattre et à décider, l’engagement sur le droit à la ville, contribue, dans un monde majoritairement urbain, à des alternatives à la « mal-vie » dans les villes : aux logiques qui la produisent, aux processus de fragmentations sociales et spatiales dans les aires métropolitaines. Au sein du FALP, les pouvoirs locaux des périphéries populaires revendiquent leurs visibilités, leurs aspirations, leurs regards, leurs expériences vers des aires métropolitaines solidaires au sein du mouvement pour le droit à la ville.

Déclaration de Porto Alegre et São Leopoldo

Lors du FALP qui s’est tenu en 2006 à Nanterre (France), l’hôte de la rencontre, Ary Vanazzi (maire de São Leopoldo réélu en 2016) avait déjà noté comme dans cette ville de la périphérie de Porto Alegre, « les habitants sont arrivés avant la ville ». En résonnance, lors de ce séminaire du FALP, le Premier Adjoint de Pikine (Aire métropolitaine de Dakar) a expliqué que, malgré que sa ville aujourd’hui est peut-être plus grande que la ville-centre, elle a un budget 5 fois inférieur à celle-ci, et que malheureusement l’Etat ne l’a pas choisie pour accueillir un nouveau théâtre national, qui ira à Dakar. Ainsi, l’espace municipal est vu comme un espace de mobilisation démocratique pour exiger des aires métropolitaines où tous les territoires qui les composent comptent.

Lieux de vie interconnectés par des défis communs : le choix du polycentrisme

Comment contribuer au « droit à la ville » dans le contexte d’aires métropolitaines de plusieurs millions d’habitants ? Bien entendu, il s’agit d’agir pour des aires métropolitaines solidaires mais aussi de joindre à cette exigence la volonté d’aires métropolitaines polycentriques (ou multi-centrales). Le territoire d’une aire métropolitaine n’est pas unique : il est composé d’une diversité de territoires, certes reliés par la vie et interconnectés par des défis communs, mais divers en vie, en expériences, en perception du commun. Dans certains territoires, les modes de vie sont plus subis que choisis. Nier la diversité de la métropole c’est privilégier une seule centralité qui risque d’imposer ses logiques rendant celle des autres « secondaires » voir « invisibles ». Il ne peut y avoir de solidarité dans cette perspective.

Au contraire, la poly-centralité dans une conception ouverte aux enjeux communs, permet de faire de chaque territoire, à partir de ses réalités, un acteur pour une aire métropole solidaire. Elle permet de penser les besoins et les responsabilités de chacun pour faire de chaque territoire une « centralité », un espace de vie, d’épanouissement individuel et collectif, de mobilisation démocratique. C’est faire en sorte que tous les territoires soient visibles à partir de  leurs besoins mais aussi de leur richesse et contribuent dans le même mouvement à la polycentralité du droit à la ville et à l’urgence d’aires métropolitaines solidaires qui fassent reculer la fragmentation sociale, spatiale et démocratique.

Pour aller plus loin, voir le résumé du rapport « Villes compétitives et horizons de justice spatiale » Laboratoire La Vue, CGLU- CISDP, bientôt disponible dans son intégralité.