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Politique Publique liée au phénomène de l’Habitat de Rue du programme "Bogotá Humana"

Bogotá
Colombie

Les personnes vivant dans la rue (le plus souvent en raison de phénomènes multiples d'expulsion et/ou d'auto-exclusion des réseaux sociaux et familiaux) constituent l'une des plus importantes catégories d'exclus. Les 6 principaux obstacles restreignant la jouissance des droits humains sont :

1.   manque de reconnaissance sociale et légale des habitant-e-s de la rue comme sujets de droits dans l'égalité des conditions du reste des citoyen-ne-s ;

2.   criminalisation, stigmatisation, discrimination et violence de la part de l'État comme du reste de la population envers ces secteurs de la population qui leur empêchent l'accès adéquat et approprié aux services de santé, notamment d'urgence ;

3.   manque de réseaux sociaux positifs, documents d'identité ou officiels attestant d’un domicile fixe, qui restreignent ou empêchent l'accès aux possibilités de subsistance, emploi, subventions de programmes sociaux ;

4.   actions et programmes de nature paternaliste/d'assistanat, basés sur la discrimination tutélaire, qui traitent ces populations comme des objets de protection, victimes ou délinquants potentiels, affectant, entre autres, leurs droits à l'intégrité, la liberté et la sécurité individuelle ;

5.   manque ou insuffisance dans les politiques qui préviennent les racines du phénomène de rue, ainsi que de stratégies et programmes intégraux, inter-secteurs et aux acteur-rice-s multiples, coordonnés et concertés ;

6.   mépris ou restriction de leur présence au sein des politiques de construction des espaces publics et dans l'entretien des terrains vagues (viaducs, parcs, ponts, voies ferrées, etc.).

L'administration du district de Bogotá a anticipé certaines indications des cadres normatifs nationaux : elle a créé l'Institut de district de protection de l'enfance et de la jeunesse (IDIPIRON) et, en 1995, le Programme intégral de protection et de sécurité sociale des indigents et sa réglementation, qui a donné naissance au Programme de district de prise en charge des habitant-e-s de la rue. En 2003, à la suite de la démolition d'« El Cartucho » (principal centre de concentration des habitant-e-s de la rue à Bogotá) pour laisser l'espace au Parc Troisième Millénaire, l'Accord nº79/2003 (« Code de police de Bogotá D.C. ») établit que les habitant-e-s de la rue « recevront une protection et des soins particuliers de la part de l'Administration de district ». Un Bureau permanent du Plan de prise en charge intégrale des citoyen-ne-s habitant la rue (PAICHC, selon son acronyme espagnol) a ensuite été créé, comme espace de coordination inter-institutions, chargé de coordonner et d’effectuer le suivi du Plan de prise en charge intégrale et de la politique selon une « approche fondée sur les droits ».

Depuis 2012, dans le cadre du Plan de développement de district Bogotá Humana (2012-2015) et en particulier dans son Axe 1 (« Une ville qui surmonte la ségrégation et la discrimination. L'être humain au centre des préoccupations de développement. »), le Secrétariat de district chargé de l'intégration sociale a mis en œuvre le Projet Génération de capacités pour le développement de personnes exerçant la prostitution ou habitant dans la rue qui s'est ensuite formalisé à travers la Politique publique de district concernant le phénomène d'habitabilité de la rue (PPDFHC). Cette politique contient une composante d'aménagement du territoire (« Développement urbain inclusif ») qui prévoit une intervention de rénovation urbaine du centre historique de la ville, intègre un secteur connu sous le nom d'El Bronx, très détérioré d'un point de vue social et d'aménagement, en vue d'améliorer les conditions de vie et restituer leurs droits aux citoyen-ne-s de la rue. En parallèle, certaines problématiques de sécurité et de cohabitation liées à l'Habitabilité de la rue ont été intégrées au Plan intégral de cohabitation et sécurité citoyenne Bogotá D.C. 2013-2023 avec une approche fondée sur la sécurité humaine.