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Preambule

À l’adresse des hommes et femmes des villes

Pourquoi, à l’aube du 21ème siècle, une charte européenne des droits de l’homme dans la ville ? La déclaration des droits de l’homme (1948) est universelle. N’a-t-elle pas été renforcée et complétée par bien d’autres engagements accentuant la protection de certains droits à portée variable ?

La Convention Européenne (1950) offre ce qu’on appelle une garantie juridictionnelle. Et pourtant, de nombreux droits ne sont toujours pas “ effectifs ” et les citoyens se reconnaissent mal dans le maquis des procédures administratives et juridiques.

Comment mieux garantir ? Comment mieux agir ? Comment mieux assurer les conditions publiques du bonheur privé de chacun ?

Ici surgit la Ville.

C’est que partout, où le peuple des campagnes poursuit sa longue marche vers les cités et où celles-ci accueillent en nombre des voyageurs de passage, mais aussi et surtout des étrangers à la recherche de liberté, de travail et d’échange des savoirs, la ville est devenue l’avenir de l’homme.

Elle est aujourd’hui le lieu de toutes les rencontres donc de tous les possibles. Elle est aussi le champ de toutes les contradictions donc de tous les périls : dans l’espace urbain aux frontières incertaines, s’inscrivent les discriminations ancrées dans le chômage, la pauvreté, le mépris des différences culturelles, alors que, en même temps, s’y ébauchent, s’y multiplient de pratiques civiques et sociales de solidarité.

C’est aussi que la vie en ville impose aujourd’hui de mieux préciser certains droits parce que nous y demeurons, nous y cherchons du travail, nous nous y déplaçons. Elle impose aussi d’en reconnaître de nouveaux : le respect de l’environnement, la garantie d’une nourriture saine, de la tranquillité, des possibilités d’échanges et de loisir, etc.

C’est enfin que, face à la crise qui frappe la démocratie délégataire au niveau des États nationaux et à l’inquiétude que suscitent les bureaucraties européennes, la ville apparaît comme le recours d’un nouvel espace politique et social.

Là s’ouvrent les conditions d’une démocratie de proximité. Là se présente l’occasion de la participation de tous les habitants à la citoyenneté : une citoyenneté de la ville. Si chaque droit défini appartient à chacun, c’est à chaque citoyen, libre et solidaire, de le garantir à tous, également.

L’engagement que nous prenons ici s’adresse aux femmes et aux hommes de notre temps. Il ne prétend pas à l’exhaustivité et sa portée dépendra de la manière dont les habitants des villes s’en saisiront. Il se présente comme un cadre de réponse aux attentes des citoyens dont les villes sont à la fois le théâtre et le révélateur. Cette Charte sera pour eux, comme pour ceux qui les gouvernent au niveau de subsidiarité qui est celui de la cité, un ensemble de points d’appui pour revendiquer leurs droits, reconnaître d’éventuelles violations et les faire cesser.

Ces points d’appui sont offerts comme autant d’occasions de surmonter les difficultés et de concilier les logiques parfois contradictoires en œuvre dans la vie même de la cité.

Une volonté : inscrire le lien social, durablement, dans l’espace public.

Un principe : l’égalité.

Un objectif : la montée de la conscience politique de tous les habitants.